Interview de Nicolas Sarkozy
La Nouvelle République du Centre Ouest
Vous animez ce jeudi soir une réunion à Ballan-Miré en Indre-et-Loire sur les terres d’Hervé Novelli, leader des députés UMP réformateurs. Peut-on parler d’un sarkozisme de droite face au tout nouveau groupe des sarkozistes de gauche ? Au sein de l’UMP, il existe des sensibilités différentes qui reflètent la diversité française. Mon rôle est de faire en sorte qu’elles s’expriment librement car notre formation est un lieu de débats et d’idées et non une caserne idéologique.
Et mon ambition est de rassembler ces sensibilités, de les mettre en mouvement de façon cohérente. Vous savez, je suis un homme libre. Je ne dépends ni des « sarkozystes de droite », ni des « sarkozystes de gauche » dont vous parlez. J’obéis à mes convictions et mes intuitions personnelles. Je veux créer une nouvelle synthèse politique qui permet de concilier l’efficacité économique et la justice sociale, l’autorité et la liberté, l’attachement à la France et l’ouverture sur l’Europe. Cet objectif transcende les étiquettes habituelles.
Est-ce que la nomination d’un médiateur comme Arnaud Klarsfeld va suffire à calmer l’émotion et la mobilisation de nombreux Français autour des enfants scolarisés sans papiers ? Je comprends l’émotion, mais j’en appelle aussi à la raison. Oui, dans notre pays, il y a des étrangers sans papiers, qui ont des enfants scolarisés. Cette réalité n’est pas nouvelle : c’est le produit du laxisme des socialistes entre 1997 et 2002, qui a créé un véritable appel d’air. J’y fais face avec fermeté et humanité. Fermeté, parce que je refuse que la France soit le seul pays au monde où la scolarisation d’un enfant donnerait automatiquement droit à un titre de séjour à ses parents. Humanité, parce que je demande aux préfets de réexaminer la situation de chacune de ces familles, au cours de l’été, en fonction des critères que j’ai fixés. Tout le monde ne sera pas régularisé, évidemment ! Mais des régularisations auront lieu, lorsque les attaches de la famille avec la France sont très fortes. Le médiateur que j’ai nommé, Arno Klarsfeld, a commencé son travail, en allant sur le terrain à la rencontre des préfets et des associations.
Les grévistes de la faim de Poitiers ont mis leur vie en jeu pour réclamer des papiers. Ne craignez-vous pas que de telles initiatives se multiplient avec le risque croissant de basculer dans le drame ? Une grève de la faim, c’est souvent un chantage et c’est parfois un drame. Il n’y a aucune raison pour que ces initiatives regrettables se multiplient. Chaque étranger en situation irrégulière, en France, a la possibilité de se faire entendre des préfectures et des tribunaux. Chacun a droit à ce que sa situation soit examinée de manière approfondie. Personne n’est traité de manière arbitraire ! Ce n’est pas en faisant la grève de la faim qu’on obtient une carte de séjour. C’est en respectant les lois de la République.
Les teknivals se multiplient. Les problèmes des riverains aussi, comme près de Bourges pendant le Printemps ou en Bretagne tout récemment. A Vannes, précisément, ne pouviez-vous éviter de passer outre une décision de justice ? Ce n’est pas moi qui ai inventé les « Teknivals » ! Je constate que des jeunes adeptes de la musique « techno » organisent des rassemblements de masse, qui fédèrent plusieurs dizaines de milliers de personnes. Ma responsabilité, c’est de mobiliser des moyens opérationnels pour que ces rassemblements se déroulent dans les moins mauvaises conditions possibles. Mon seul objectif, c’est de préserver la sécurité des Français. Je me suis rendu mardi à Vannes, où le « Teknival » du week end dernier s’est déroulé sans incident, sur le seul terrain où il était possible de garantir la sécurité des raveurs et celle des habitants. Je me réjouis qu’une action déterminée ait permis, en outre, d’interpeller une cinquantaine de dealers. Sur le plan juridique l’Etat s’est pourvu en cassation contre le jugement du tribunal administratif de Rennes, qu’il était impossible d’exécuter, face à l’afflux de plusieurs milliers de personnes sur l’aérodrome de Vannes. J’ajoute que les nouveaux arrêtés du Préfet donnaient une base parfaitement légale à la manifestation.
Si les grâces présidentielles provoquent tant de polémiques, conseillerez-vous cependant de maintenir celles du 14 juillet qu’il s’agisse de contraventions ou de peines de prison ? J’ai indiqué à plusieurs reprises mon intention de moderniser notre Etat, et de le débarrasser d’usages qui sont des survivances monarchiques. Je l’ai dit de manière très nette à propos des amnisties individuelles. En ce qui concerne les grâces collectives, on peut difficilement comprendre que violenter son épouse ou insulter une personne âgée soit moins grave si on le fait quelques semaines avant l’élection présidentielle. C’est pourquoi je ne suis pas sûr qu’il faille maintenir cette coutume qui, du reste, ne cesse année après année de voir son champ d’application réduit. Il ne faut pas encourager la délinquance en envoyant un signal d’impunité aux auteurs potentiels.
Croyez-vous possible en 2007 une candidature de Jacques Chirac, voire d’un Dominique de Villepin aujourd’hui « sans ambition présidentielle » ? C’est à eux de vous en parler.