Sarkozy réaffirme sa différence avec Chirac sur la question turque


Avec le dossier turc, Nicolas Sarkozy a trouvé une nouvelle occasion de prendre ses distances vis-à-vis de Jacques Chirac. Et à bon compte, puisque le président de l’UMP sait qu’il ne fait, sur ce point, que s’inscrire dans la continuité de son prédécesseur, Alain Juppé.

Samedi 18 décembre, M. Sarkozy, qui plaide pour un partenariat privilégié entre la Turquie et l’Union européenne (UE), au lieu de l’adhésion pure et simple prônée par le chef de l’Etat, a défendu « le droit d’exprimer ses convictions ». « Il n’y a pas de délit d’opinion », a martelé le président de l’UMP devant un millier de nouveaux adhérents réunis, dans la matinée, Salle Gaveau, à Paris, puis au journal de 20 heures, sur France 2.

Tenant à préciser qu’il avait « parlé avec – M. Chirac - » de ce qui les opposait, M. Sarkozy a salué les « convictions » du président de la République. « Il les exprime avec force. Elles sont éminemment respectables », a-t-il déclaré sur France 2, avant d’ajouter : « J’ai aussi des convictions », notant qu’elles ne sont pas toujours opposées à celles de M. Chirac.

« Nous avons des points d’accord » a-t-il souligné avant de les énoncer : « Oui, il fallait ouvrir des négociations pour sortir de l’indécision. Je soutiens la procédure qui a été décidée. Oui, il faut que ce soient les Français qui décident. Chaque fois que l’Europe n’a pas demandé aux peuples leur opinion, l’Europe s’est trompée », a noté M. Sarkozy.

Mais le président de l’UMP « pense comme Alain Juppé et Valéry Giscard d’Estaing », qui plaident pour un partenariat privilégié. Et, surtout, il rappelle que l’UMP, lors du conseil national du 9 mai, s’est prononcé à une large majorité (71,8 % des voix) contre l’entrée de la Turquie dans l’UE. « On a déjà beaucoup de mal à faire fonctionner l’Europe à vingt-cinq (…). Si nous acceptons l’adhésion de la Turquie que dira-t-on demain aux autres peuples de la Méditerranée, l’Algérie, le Maroc, la Tunisie ? », avance M. Sarkozy.

Samedi matin, il avait banalisé la situation peu orthodoxe d’un président de parti en opposition avec un président de la République qu’il est supposé soutenir, en reconnaissant aux militants le droit d’exprimer, eux aussi, des « opinions différentes » de celle de la direction du parti : « A l’UMP, on accepte aussi les différences d’opinion (…) », a-t-il précisé.

QUESTIONS À L’ASSEMBLÉE

Et M. Sarkozy de donner comme exemple le référendum sur la Constitution européenne : « Je ferai campagne pour que la France vote « oui » (…) mais cela ne signifie pas que nous allons conduire une guerre contre nos propres partisans qui sont pour le « non ». » Le président de l’UMP, potentiel candidat à l’Elysée en 2007, a annoncé un grand débat « au sein des instances » du parti en février, tant sur la Constitution que sur la Turquie.

Le président de l’Assemblée, Jean-Louis Debré, a, lui, annoncé, dimanche 19 décembre, qu’il allait permettre aux députés d’interroger le gouvernement, mardi 21 décembre, lors de la séance de questions au gouvernement. « Chaque groupe va interroger le gouvernement sur ce qui s’est passé, sur la décision qui a été prise par l’Union européenne », a-t-il déclaré. Un débat sans vote a déjà été organisé à l’Assemblée, le 14 octobre.

Selon un sondage IFOP pour Le Journal du Dimanche du 19 décembre, 56 % des Français se disent « plutôt pas convaincus » par les arguments de M. Chirac sur la Turquie, contre 38 % qui se disent « plutôt convaincus ». En revanche, selon un sondage Ipsos pour Le Figaro du 20 décembre, 52 % des Français approuvent la position de M. Chirac sur la Turquie, contre 44 % qui la désapprouvent. Ces taux s’élèvent à 49 % chez les sympathisants de l’UMP.

Christiane Chombeau

Le sondage IFOP a été réalisé les 16 et 17 décembre auprès de 421 personnes. Ipsos a interrogé par téléphone les 17 et 18 décembre, un échantillon de 939 personnes.

• ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 21.12.04