Le système de François Bayrou, c’est la cohabitation permanente !


Interview de Philippe Douste-Blazy
Ministre des Affaires étrangères
Le Figaro – mardi 13 mars 2007

Comment expliquez-vous la percée de François Bayrou ?

Ne confondons pas réalité politique et visibilité médiatique. Son positionnement est un leurre. Le système de François Bayrou, c’est la cohabitation permanente. Chez nos partenaires européens, en particulier en Allemagne, les partis se sont mis d’accord sur un programme avant de gouverner ensemble. Bayrou, lui, fait de l’adhésion à sa personne un préalable et un aboutissement. En outre, son rêve de grand parti qui mélange la droite, le centre et la gauche est parfaitement contradictoire avec sa croisade contre le prétendu hégémonisme de l’UMP !


Si le deuxième tour se jouait entre Sarkozy et Bayrou, que ferait le PS ?

Ne faisons croire à personne que le PS va se dissoudre. Dans la foulée de la présidentielle, il y a les législatives. Les députés socialistes sortants viennent de passer cinq ans à répéter que l’UMP et l’UDF, c’est blanc bonnet et bonnet blanc, pour reprendre une formule célèbre. Comment justifieraient-ils devant leurs électeurs une alliance avec François Bayrou ? À moins qu’il soit prêt à gouverner avec une majorité de gauche, aux conditions de la gauche.

Et si Nicolas Sarkozy était éliminé ?

Je ne pense pas que cela soit possible. Nicolas Sarkozy est le seul à avoir à la fois l’expérience du pouvoir et un projet qui fédère la droite et le centre. François Bayrou, dans le domaine de l’action réformatrice, s’est spécialisé dans le « ni, ni ». Au lieu de participer à l’action de la majorité, pour y imprimer sa marque, il a consacré son énergie à empêcher ceux qui voulaient agir de le faire. Par exemple, je peux comprendre que l’on trouve la réforme de l’assurance-maladie que j’ai conduite insuffisante, pourquoi ne pas avoir accompagné ce premier pas ? Et pourquoi le groupe UDF du Sénat n’a-t-il pas voté la loi relative aux droits des malades en fin de vie ? Si elle l’avait fait, l’UDF pourrait aujourd’hui se prévaloir d’avoir participé à la mise en oeuvre d’une politique qui démontre son efficacité.

Jean-Louis Borloo fait durer le suspense sur son ralliement. Vous-même, vous sentez-vous dans la peau d’un chef de file des centristes de l’UMP ?

Pour moi, le choix est clair depuis longtemps. Les valeurs du centre et de la droite sont incarnées par Nicolas Sarkozy. Je me battrai sans états d’âme à ses côtés, avec mes amis centristes que je réunirai d’ailleurs ce soir pour que nous réfléchissions à des actions communes.

Adhérez-vous à l’idée de Nicolas Sarkozy de créer un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale ?

Évoquer l’identité nationale revient tout simplement à reconnaître que la République s’enrichit de tout ce que chacun porte en lui, quelles que soient ses origines, ses références, sa culture. Rien dans le parcours de Nicolas Sarkozy n’autorise quiconque à le suspecter de quelque collusion que ce soit avec les extrêmes.