A l’heure de la globalisation des échanges et de la compétition mondiale des savoirs, chacun mesure l’importance stratégique de l’effort de recherche et d’innovation. Les performances que nous atteindrons dans ce domaine décideront en grande partie de la place qu’occupera notre pays -et delà l’Europe- dans le monde de demain.
Ce n’est pas seulement la compétitivité de notre économie et notre prospérité future qui sont en jeu. C’est aussi notre capacité à maîtriser les grands défis qui se posent aujourd’hui à nos sociétés comme le vieillissement de la population, la lutte contre le cancer et les maladies du cerveau, le renouvellement des sources d’énergie ou la préservation des équilibres écologiques. C’est encore l’accès de tous nos concitoyens aux connaissances et aux technologies les plus avancées. En définitive, c’est tout simplement le rayonnement scientifique, culturel et économique de notre pays qui se joue en ce moment.
C’est pourquoi, plus que jamais nous devons nourrir les plus hautes ambitions pour notre recherche. Ces dernières années, gauche et droite confondues, nous avons pourtant eu tendance à nous montrer négligents dans ce domaine. Nous avons eu tort car notre appareil de recherche ne se porte pas bien et donne des signes de faiblesse. L’effort de recherche de la nation s’est relâché et stagne depuis 1994 autour de 2,2 %. Nous nous situons désormais en net retrait du pelotonde tête des pays développés, et loin des objectifs que les Etats européens se sont fixés à Lisbonne il y a six ans. Les effets d’entraînement de la recherche publique sur l’innovation des entreprises sont en outre notoirement insuffisants. L’organisation et le fonctionnement de notre outil de recherche apparaissent relativement datés, voire dépassés. Il n’irrigue pas notre enseignement supérieur : les universités sont à la périphérie et non au centre d’un effort de recherche qui reste dominé par les grands organismes. Les financements sur projets restent marginaux dans l’attribution des crédits, tandis que les conditions d’une évaluation rigoureuse de la qualité et des résultats des travaux scientifiques ne sont pas toujours réunies. La multiplication des structures et des opérateurs est à l’origine d’une dissémination des moyens disponibles qui empêche parfois de répondre aux besoins de financement des meilleurs projets dans les domaines-clefs. Ces carences quantitatives et qualitatives se lisent depuis plusieurs années déjà dans les classements internationaux. Notre part dans le volume mondial des publications s’érode, et l’indice de citation de nos travaux est inférieur à la moyenne. Nous peinons à attirer les meilleurs chercheurs étrangers, et nos jeunes chercheurs les plus prometteurs, notamment en sciences de la vie, sont de plus en plus nombreux à faire le choix de l’expatriation dans l’espoir de trouver un environnement plus propice à la poursuite de leurs travaux.
Les chercheurs français sont bien conscients de cette situation préoccupante. Ils sont les premiers à en pâtir et à s’en plaindre. Ils ont aussi été les premiers à alerter les pouvoirs publics et à réclamer des changements.
Cette situation n’est heureusement pas irrémédiable. D’abord parce que la France ne manque ni d’atouts, ni de talents. Notre recherche et notre technologie furent pionnières et demeurent aux avant-postes dans des domaines comme l’électro-nucléaire, l’industrie ferroviaire et aéronautique ou la biologie moléculaire. Nos chercheurs brillent et sont internationalement reconnus dans des disciplines comme les mathématiques, la physique ou les sciences de l’ingénieur. Ensuite, parce que, si nous en avons l’ambition et la volonté, nous pouvons donner à la recherche française les moyens de se remettre en ligne avec les meilleurs standards internationaux. Ce doit être là une priorité absolue pour les responsables politiques. C’est dans cette optique que je propose quatre orientations majeures pour dynamiser notre effort de recherche et d’innovation.
Premièrement, nous devons amplifier la relance de l’effort de recherche amorcée depuis 2004. Pour cela, fixons nous pour objectif d’augmenter de 15 milliards d’euros la dépense totale de recherche-développement au cours des six prochaines années, ce qui représente pour la puissance publique un effort financier additionnel de 4 milliards d’euros à l’horizon 2012. Ces moyens nouveaux se conjugueraient aux 5 milliards d’euros supplémentaires que je propose par ailleurs d’investir dans l’enseignement supérieur. Mais ces crédits seront toujours insuffisants si notre système de recherche continue de pécher par son inefficience. Il doit donc continuer à se réformer.
Deuxièmement, nous devons donc faire de la logique de financement sur projets la règle et non plus l’exception, dans le souci permanent de promouvoir le plus haut degré d’excellence scientifique. Dès lors, après la première avancée conceptuelle qu’a été la création de l’agence nationale de recherche (ANR), je souhaite que le financement sur projets soit étendu et s’accompagne de procédures d’évaluation exigeantes. Je souhaite aussi qu’il se développe à l’échelle européenne.
Troisièmement, nous devons renforcer le poids des universités les plus capables dans l’effort de recherche. C’est une nécessité car l’université est un lieu naturel de contact entre la recherche et les attentes de la société, car l’enseignement fait instantanément partager à tous les progrès de la science, parce que la curiosité des étudiants stimule la recherche. C’est aussi indispensable à l’attractivité des universités françaises et à une plus grande fluidité des parcours professionnels entre enseignement et recherche. Cela implique, outre une évolution profonde de la gouvernance des universités dont l’autonomie doit être renforcée, que les unités mixtes des grands organismes soient progressivement transférées aux universités les plus performantes. Cela devra également aller de pair avec une meilleure dissociation au sein des grands établissements de recherche entre les fonctions d’agence de moyens et celles d’opérateurs de recherche. Je souhaite que ces évolutions soient l’occasion d’œuvrer à la constitution de quelques grands campus de recherche de haut niveau, véritables creusets de la circulation des cerveaux et de la diffusion des connaissances les plus avancées dans la société et l’économie.
Quatrièmement, il est urgent d’améliorer la situation faite aux jeunes chercheurs dans notre pays. Nous devons revaloriser leur rémunération et leurs conditions de travail. Nous devons offrir la possibilité à ceux qui sont dotés d’un fort potentiel de voir leurs revenus progresser plus vite et de bénéficier des moyens de mener à bien leurs projets dans les meilleures conditions. Alors que l’Etat subventionne massivement des millions d’emplois, il n’est pas normal qu’il intervienne aussi peu en faveur des emplois à très haute valeur ajoutée.
Enfin, cessons d’opposer la recherche fondamentale à la recherche appliquée, la recherche publique à la recherche privée. Ce sont les maillons indissociables d’un seul et même continuum, celui de l’innovation. Le fait que l’université de Stanford ou le MIT aient directement contribué à la création de plusieurs centaines de start-up en vingt ans, dont certaines sont devenues des multinationales, n’a pas empêché ces campus de tenir le haut du pavé en recherche fondamentale et de collectionner les prix Nobel.
Nicolas SARKOZY – Président de l’UMP