En clôture d’une convention de l’UMP sur les injustices, le ministre de l’Intérieur a demandé le dépôt « de bilan des Zones d’education prioritaires (ZEP) ». Ce qu’a aussitôt refusé Gilles de Robien. Vendredi dernier, Dominique de Villepin avait promis des aides ciblées pour les établissements les plus en difficulté de ces ZEP.
Mesdames et Messieurs, chers amis,
1. Pour parler des injustices, ce n’est pas la peine d’utiliser de grands concepts, de faire de belles phrases. Ce qu’il faut, c’est parler avec le cœur. Nous avons eu aujourd’hui beaucoup de paroles de cœur.
Les Français pensent que notre société est plus injuste qu’autrefois. Ils ont raison.
C’est injuste quand des ouvrières ont travaillé pendant des années pour une entreprise et que celle-ci est délocalisée parce que c’est moins cher ailleurs, laissant sur le carreau des femmes de 45 ans sans aucune perspective.
C’est injuste quand un garçon ou une fille a réussi des études supérieures, mais qu’il ne trouve pas d’emploi.
C’est injuste quand un adulte qui n’a pas eu de chance dans sa jeunesse veut essayer de reprendre des études et que, partout où il s’adresse, on lui répond que c’est trop tard, qu’il fallait y penser avant, qu’en France on ne peut pas revenir en arrière quand on n’a pas pris la bonne direction au bon moment.
C’est injuste aussi, lorsqu’un RMIste fait l’effort de reprendre un emploi, parce qu’il pense que c’est digne pour lui-même et pour sa famille, et qu’au bout du compte il gagne moins de son travail que de l’assistance.
Ces exemples ne sont pas des cas isolés. Ce sont des milliers de Français qui vivent ces situations au quotidien et qui les ressentent comme des injustices profondes.
La mondialisation crée un climat de grande inquiétude. Tout n’est pas rationnel dans celle-ci. Mais les Français sont lucides. Ils voient bien que des pays importants sont en train d’émerger et que la France va avoir du mal à rester compétitive avec ses charges sociales, ses 35 heures, ses finances publiques dégradées.
Et pourtant est-ce que les Français vivent bien ? Est-ce qu’on vit bien en France avec un salaire inférieur à 1 400 euros, ce qui est le cas de la moitié des salariés ? Est-ce qu’on peut se projeter dans l’avenir quand on vit sous la menace du chômage et du déclassement social ? Est-ce qu’on peut avoir de l’espoir quand on vit dans un quartier sensible et qu’on voit que rien n’a changé depuis 25 ans, et même que les choses se sont aggravées ? 25 ans, ce n’est pas rien, c’est un quart de siècle.
Trop peu de choses changent en France. Alors que tout change à l’extérieur de la France. Comment les Français pourraient-ils ne pas penser que nous allons vers une société de plus en plus injuste ? Une société où les classes moyennes vont s’uniformiser et se paupériser tandis qu’une élite ultra minoritaire profitera d’une mondialisation dont elle détient seule les clés. Une société anglo-saxonne, en somme, qui tolère de grandes inégalités entre les personnes.
Je veux dire ici ce que je pense de la société américaine. J’en ai un peu assez qu’on le fasse à ma place !
Ce que j’apprécie dans la société américaine, c’est sa mobilité sociale. On peut partir de rien et avoir une réussite exceptionnelle. On peut échouer et avoir droit à une seconde chance. Il y a beaucoup moins de codes sociaux. On ne vous juge pas sur votre manière de dire bonjour.
Mais il y a aussi, dans la société américaine, des réalités sociales que je rejette. La protection sociale y est insuffisante et inégalitaire, en particulier dans le domaine de la santé. J’ai été choqué par l’homogénéité sociale et même ethnique des personnes qui se sont retrouvées en situation de détresse pendant la catastrophe de Katrina. Je ne propose pas cette société individualiste où l’Etat doit en faire le moins possible.
Mais qui ne voit que cette société s’instille déjà chez nous ?
Qui ne voit que la réussite en France repose de moins en moins sur l’école républicaine, de plus en plus sur des stratégies individuelles et l’appartenance aux bons réseaux ?
Qui ne voit que le chômage de masse a précarisé le salariat, écrasé la grille des salaires, pendant que des chefs d’entreprise, certes très compétents, ont vu leurs salaires exploser dans des propositions inenvisageables il y a quelques années ?
Qui ne voit que la situation des banlieues, avec ses trafics de drogue, sa loi de la peur, son communautarisme, est la conséquence de la démission de l’Etat ? Quand l’Etat n’assume plus son rôle, alors le communautarisme se substitue.
Ce que je propose, c’est exactement l’inverse. Je propose que l’Etat reprenne toute sa place pour que la réussite sur tout le territoire dépende de l’environnement familial, de l’école républicaine, de la sécurité dans le quartier, de l’effort personnel, pas de la communauté.
Je pense surtout que la France n’est pas les Etats-Unis et que les Etats-Unis ne sont pas la France.
Je n’ai pas de réserves à m’inspirer de ce qui se fait de mieux ailleurs. Mais cela n’aurait aucun sens de vouloir copier un modèle. Restons fidèles au contraire à l’inspiration même qui a conduit à la création de notre République. La République est née de la volonté de donner à tous les mêmes chances, c’est à dire de permettre à ceux qui ont plus de difficultés à s’en sortir, mais qui ont la détermination de les surmonter, de réussir à l’égal de ceux qui ont au départ plus de chances. Cela ne veut pas dire qu’il faut faire la même chose pour tous. C’est ce qu’ ont fait les socialistes. Cela aboutit au nivellement, à l’assistanat. Au contraire il faut faire des priorités, et cela d’autant plus d’ailleurs que –nous en sommes tous conscients- nos moyens financiers ne sont pas sans limites. Faire des priorités c’est aider ceux qui en ont le plus besoin.
Nous avons un idéal de justice sociale et d’intégration républicaine. La France ne réussira pas si elle renonce à ce qu’elle est au plus profond d’elle-même. Et ce que je veux avant tout, c’est la réussite de la France.
Mais ce qui est exaspérant pour les Français, ce qui crée de l’absentéisme électoral et du vote extrême, c’est ce discours lénifiant qui tente de faire croire, alors que notre système est en miettes, que c’est en ne changeant rien qu’on restera nous-mêmes.
Ce qui crée du désespoir, de l’individualisme, ce qui délite le lien social, c’est l’absence de projet collectif pour expliquer comment nous allons faire pour affronter la mondialisation et garder notre cohésion sociale.
La France se dérobe, le monde change et la classe politique ne devrait rien dire, rien proposer, rien faire ?
La sincérité de ceux qui veulent réellement sauvegarder notre idéal de justice sociale, elle se mesure à leur capacité à proposer le chemin pour y parvenir.
Je ne sais pas si nous détenons la pierre philosophale. Mais au moins nous avons le courage de proposer et d’innover. Je veux que nous soyons jugés sur des actes. Pas sur des procès d’ intentions.
2. Si nous voulons une société juste, il faut d’abord un Etat fort. Le sentiment d’abandon par l’Etat, la crainte que l’Etat ne soit plus en mesure d’empêcher les riches de devenir très riches et les pauvres très pauvres, est un des ressorts profonds du mal-être français.
Seulement il ne suffit pas d’avoir le mot Etat à la bouche toutes les deux minutes pour rétablir la cohésion sociale. Notre Etat est trop souvent perçu comme un colosse de papier. Jamais notre administration n’a été aussi compliquée, rigide, cloisonnée, engoncée dans des procédures. L’impuissance de l’Etat va devenir celle des collectivités locales si celles-ci ne peuvent pas s’appuyer, à leur niveau, sur un Etat déconcentré, capable de décider. On ne peut pas avoir, d’un côté, des collectivités qui ont l’envie, l’énergie, les moyens de prendre des initiatives, de l’autre, un Etat paralysé par son processus de décision centralisé.
Ceux qui pensent que l’Etat est déterminant pour garantir la justice sociale doivent être jugés sur leur courage à proposer et réussir des réformes.
Commençons par exemple par réformer le service public de l’emploi, fusionner l’ANPE et les Assedic, concevoir des politiques ciblées en fonction des différentes catégories de chômeurs, instaurer la culture du résultat, comme l’ont fait tous nos partenaires européens.
Il y a une nouvelle forme d’inégalité dans notre pays : c’est celle qui sépare les salariés du secteur public, protégés dans leur emploi, des salariés du secteur privé, menacés par le chômage, les délocalisations, la tertiarisation de l’économie qui exige plus de mobilité.
Je ne souhaite pas qu’on restaure l’égalité en affaiblissant la situation de tout le monde. Ça c’est le socialisme. Mais il faut qu’il y ait de la justice.
La justice, c’est l’exigence d’efficacité et d’adaptation de la part des fonctionnaires. La sécurité de l’emploi est nécessaire au principe de neutralité de l’administration. Mais si on a la garantie de l’emploi, alors on a un devoir de réforme et de résultat.
Nous aurons fait un grand pas dans le rétablissement de la cohésion sociale si nous sommes capables de prouver à nos concitoyens que l’Etat se réforme et se met au diapason des nouvelles formes de l’injustice.
3. Une société plus juste, c’est ensuite une société qui valorise le mérite. Les classes moyennes doivent cesser d’être les oubliées de la politique sociale, toujours assez riches pour payer des impôts, jamais assez pauvres pour bénéficier de prestations. C’est important si nous voulons réhabiliter le travail et créer de la cohésion. La structure centrale d’un pays, ce sont ses classes moyennes, ses entreprises moyennes, ses espaces urbains et péri-urbains traditionnels.
La France qui travaille, elle a d’abord besoin d’être protégée contre l’insécurité professionnelle. Il n’est pas possible de se projeter dans l’avenir si l’on vit sous la menace permanente du chômage
Au siècle dernier, l’urgence était de généraliser l’assurance vieillesse et l’assurance maladie. Aujourd’hui, c’est d’inventer un nouveau rapport au chômage dans une économie où l’emploi à vie dans la même entreprise n’existe plus. Dans cette économie, les entreprises doivent s’adapter plus vite qu’autrefois et les compétences des salariés rencontrer plus vite les besoins des entreprises. Chercher un emploi doit devenir une activité comme une autre, dont l’utilité pour la collectivité est reconnue.
La sécurité sociale professionnelle, c’est l’addition de quatre facteurs : des entreprises qui embauchent plus vite parce que le code du travail n’est plus dissuasif ; un service public de l’emploi efficace qui prend en charge les chômeurs et les aide à retrouver un emploi ; une meilleure indemnisation du chômage pour éviter le déclassement social ; des droits et des devoirs plus équilibrés afin que les abus de quelques uns n’hypothèquent pas le sort de tous.
La France qui travaille, il faut ensuite lui proposer une réponse face à la mondialisation. Cette réponse est bien sûr structurelle. Elle passe par une économie plus compétitive, de l’innovation et de la recherche. Mais cette réponse doit également être personnalisée. Chacun doit être assuré qu’il ne fera pas les frais de la mondialisation. Il faut créer une solidarité entre les perdants et les gagnants de la mondialisation.
La mondialisation exige une plus grande mobilité de la part des salariés. Les entreprises sont en droit de l’exiger si nous voulons qu’elles soient à même de réussir dans ce nouveau contexte. Mais il faut que les salariés en soient récompensés, notamment par une garantie de formation professionnelle permanente. C’est l’une des clés de la réussite danoise.
Enfin, à la France qui travaille, il faut donner un espoir de promotion sociale et la garantie d’un avenir pour ses enfants. Je ne peux pas me résoudre à ce que tant de jeunes se disent « je dois partir à l’étranger pour réussir ».
Il faut bien sûr une politique économique générale, travailler plus pour créer plus de croissance, avoir des entreprises de taille moyenne, pour redonner des perspectives d’augmentation des salaires et du pouvoir d’achat fondées sur de l’économie réelle, pas sur du mécano fiscal.
Il faut supprimer les cloisonnements du marché du travail, en particulier pour les jeunes. Nos jeunes attendent l’âge moyen de 33 ans pour avoir un CDI. La suppression des CDD au profit d’un contrat unique à durée indéterminée serait déjà un progrès considérable pour eux, parce qu’elle supprimerait ce sas de CDD et de stages pendant lequel les jeunes ne peuvent pas fonder une famille, louer un logement, faire un emprunt.
Et puis il faut permettre à tous les Français qui font des efforts de réussir à la hauteur de leurs capacités. C’est à mes yeux une injustice profonde quand un enfant est dirigé vers une formation inférieure à ses potentialités. Il faut supprimer ces clivages invisibles de la société française, qui font que les enfants d’enseignants et de cadres supérieurs sont dans les meilleurs collèges et dans les grandes écoles, pas les autres. Cela suppose un devoir de vérité. Toutes les formations ne se valent pas, même à l’université. Ayons le courage de le dire. Ayons le courage de changer la pratique de ces 50% de lycées qui n’envoient jamais un dossier d’élève en classe préparatoire. Ayons le courage de supprimer les formations professionnelles dont on sait qu’elles ne mènent à rien. Ayons le courage de réformer l’enseignement supérieur pour que tous les étudiants aient une chance égale de trouver un emploi et que cesse ce gâchis de 50% d’échec au DEUG. Créons un vrai système de bourses universitaires ou de caution publique pour les prêts étudiants.
Je souhaite aussi que nous ayons une approche beaucoup plus positive du bénévolat et de la vie associative. La société est brutale parce que nous manquons de lien social. Nous avons pourtant des milliers de jeunes, d’étudiants, de bénévoles, de seniors, qui se consacrent aux autres. Ils ne le font pas pour en tirer un avantage particulier. Est-ce qu’on doit pour autant l’ignorer, voire leur mettre des bâtons dans les roues ? Je suis pour qu’on valorise le bénévolat par tous les moyens possibles, en points de retraite, par la validation des acquis de l’expérience, voire en exonération de l’impôt sur le revenu. On le fait bien pour les dons d’argent, pourquoi pas pour ceux qui donnent de leur temps ?
On a beaucoup parlé, ces dernières semaines, de mixité sociale. Je suis tout à fait favorable à la mixité sociale dans le logement.
Mais il ne faut pas se tromper de débat. Compte tenu des plafonds de ressources du logement social, 64% des ménages sont en droit de demander à s’y loger. On peut exiger 20% de logement sociaux dans les communes, on n’obtiendra pas pour autant de la mixité sociale. Ce seront toujours les moins privilégiés qui vivront dans les quartiers les plus dégradés.
La priorité, c’est de s’attaquer aux vraies causes de la ségrégation urbaine :
- d’abord la carte scolaire, qui fait que les familles veulent habiter près des établissements les plus cotés. Tant qu’on ne sera pas capable de garantir que tous les établissements sont d’une qualité égale, on aura ce phénomène de ségrégation. Parce qu’il n’y a rien de plus important que l’avenir de ses enfants ;
- la seconde cause de la ségrégation urbaine, c’est la peur de se mélanger, c’est la crainte du déclassement. Restaurons l’ascenseur social par une politique du travail, de l’initiative individuelle, de la responsabilité, une politique qui valorise le mérite et permet la réussite. Et nous aurons de nouveau de la mixité sociale.
Et puis engageons une politique d’accès à la propriété pour tous. Le socialisme, c’est la construction perpétuelle de HLM. Notre projet, c’est l’accession sociale et populaire à la propriété par la réforme du crédit hypothécaire, par la distinction entre le foncier et le bâti, par la vente de logements HLM à leurs locataires.
4. Une société plus juste, c’est enfin une société qui n’accepte plus que des territoires ou des populations concentrent toutes les difficultés.
La question des banlieues n’est pas un sujet facile. Si elle l’était, ça fait longtemps que le problème aurait été réglé.
La société française est fragile parce qu’elle est sclérosée par 25 ans d’échecs économiques et sociaux. Les difficultés de l’insertion ne sont pas que d’un seul côté : notre société a elle aussi perdu sa capacité à s’ouvrir et à intégrer des populations nouvelles. Chacun doit faire un pas vers l’autre. C’est cela qui est difficile.
Je ne crois pas que ce soit pour des raisons culturelles que les Polonais et les Portugais se sont mieux intégrés que les Africains et les Maghrébins.
La culture facilite plus ou moins l’intégration. La polygamie a évidemment des conséquences dramatiques parce qu’il n’y a ni père, ni mère. La mère est atteinte dans sa dignité et donc discréditée dans son autorité. Le père a beaucoup trop d’enfants pour être présent pour chacun d’eux.
Mais je ne crois pas que la culture soit la raison centrale du problème. Si c’était le cas, cela voudrait dire qu’il y a des hommes et des femmes qui sont faits pour la culture occidentale, fondée sur la liberté, l’égalité des droits et la responsabilité, et d’autres qui ne le sont pas. Ce n’est pas ma conception de l’homme.
Ce qui a radicalement changé entre hier et aujourd’hui dans l’insertion des personnes issues de l’immigration, c’est la démission de l’Etat et la situation économique. Quand on a 5% de croissance, c’est plus facile que quand on en a 1,5.
Aujourd’hui, l’insertion professionnelle des jeunes qui vivent dans les quartiers sensibles doit être une priorité. Entendez-moi bien. Ce n’est pas l’unique question de la société française. Il faut faire plus pour l’insertion des jeunes qui vivent dans des bassins industriels sinistrés, dans des zones rurales qui connaissent des phénomènes de désertification. Mais dans le projet politique qui doit être le nôtre de faire en sorte que l’égalité devienne réelle, que notre République se mobilise au profit de ceux qui ont moins de chances que les autres de réussir, les banlieues doivent avoir leur place. Il faut du reste que notre politique d’aménagement du territoire, sans abandonner le monde rural, se tourne aussi vers la ville et vers les banlieues.
Je veux qu’on aborde les choses de manière pragmatique. Il y a trois problèmes : la petite enfance, les discriminations, l’échec scolaire.
Toutes les expériences montrent que l’égalité des chances se joue d’abord entre 18 mois et quatre ans, au moment des premières étapes de socialisation de l’enfant. Certains auront confiance en eux, d’autres non. Il faut créer un service de la petite enfance pour les enfants qui risquent d’être dans la seconde catégorie. Des expériences existent. Il faut les généraliser avec les collectivités locales.
Contre les discriminations, il faut créer rapidement dans ce pays une double rupture : d’une part, prouver aux jeunes que l’effort paie et que tous les enfants de la République peuvent accéder à des parcours d’excellence ; d’autre part, refléter la diversité et la richesse de la société française à tous les niveaux de responsabilité. C’est une condition pour briser les cloisonnements, redonner l’envie à tous les Français de partager un destin collectif.
Ma proposition n’est pas une politique de quotas ethniques. Ma proposition, c’est de permettre à tous les Français d’exprimer leurs talents. Quand il y a des obstacles particuliers, il faut les enlever en donnant plus à ceux qui ont moins.
C’est difficile d’étudier dans un appartement petit et sur-occupé ? Alors créons des internats de réussite éducative. C’est difficile de réussir un concours quand on vient d’une ZEP parce que les codes sociaux sont prohibitifs ? Alors créons des préparations spéciales.
J’ai été choqué par ce que m’a raconté Pierre Cardo au sujet de son collège de Chanteloup.
Il y a dans sa ville un collège qui ne marche pas bien. Les résultats sont très mauvais. Il demande à voir le préfet et l’inspecteur d’académie.
Première volet de la réunion : « ce n’est pas le problème du maire ». Bien sûr que si, c’est le problème du maire, de même que l’absentéisme scolaire et la prévention de la délinquance.
Deuxième volet de la réunion : « vous avez le meilleur collège du département ». Stupéfaction de Pierre Cardo. « Oui, nous avons calculé les chances de réussite des élèves en fonction de leur origine et des catégories socioprofessionnelles des parents. Les résultats du collège sont très supérieurs aux résultats escomptés ».
C’est ça l’égalité républicaine ? Des résultats escomptés ? 80% d’une classe d’âge au bac à Paris, mais 5% seulement chez Pierre Cardo parce qu’on part de plus bas ?
Cette politique, c’est l’ajustement par les objectifs. Moi, je veux l’ajustement par les moyens.
Les objectifs doivent être les mêmes dans tous les endroits de France. Mais les moyens doivent être donnés en fonction des difficultés de chacun. C’est plus difficile chez Pierre Cardo, alors donnons plus de moyens !
Voilà ce que c’est la discrimination positive, l’équité républicaine. C’est assez simple au fond. Mais c’est un changement radical de nos politiques. Cela vaut spécialement pour l’éducation parce que c’est le noyau dur de l’égalité des chances. Mais cela vaut pour bien d’autres sujets.
Pour le chômage par exemple. L’égalité des chances devant le marché de l’emploi, c’est que chaque chômeur puisse retrouver le plus vite possible un travail et que, dans l’intervalle, il ne subisse pas de déclassement social. Alors, les meilleurs agences de placement, elles ne doivent pas être seulement pour les cadres. Elles doivent être pour ceux qui ont le plus de difficultés à retrouver un emploi. C’est pour cela que je souhaite la réforme du service public de l’emploi. Et la durée d’indemnisation, elle ne doit pas dépendre de la durée de cotisation, elles doit dépendre de la difficulté prévisible qu’aura la personne à retrouver un emploi.
Le troisième problème que nous avons dans les quartiers sensibles, c’est l’échec scolaire. Il faut des élèves des quartiers populaires à l’école Polytechnique et à HEC, parce que c’est important pour l’espoir, pour l’égalité, pour la mobilité sociale. Mais nos élus de terrain ont raison de dire qu’il y a aussi des centaines de jeunes qui ne trouvent pas d’emploi parce qu’ils sortent sans diplôme du système scolaire.
Il faut déposer le bilan des ZEP. Cette politique a échoué. L’effort spécifique en faveur des ZEP représente 1,2% du budget de l’Education nationale. Il se résume à deux élèves de moins par classe et une à prime dérisoire, qui est largement compensée, sur le plan budgétaire, par le fait que les enseignants sont en début de carrière et ne coûtent pas grand chose.
La réalité, c’est qu’il y a moins de moyens dans les ZEP qu’ailleurs. Les cours durent moins longtemps parce qu’il faut faire de la discipline. Les élèves font moins de sorties en dehors du collège, moins de voyages linguistiques.
Améliorer, renforcer la politique des ZEP, c’est très en deçà de nos besoins. Il faut donc changer les ZEP. Et prendre au mot la loi Jospin de 1989 : c’est-à-dire mettre effectivement les élèves au centre du dispositif.
Il faut passer de la politique des zones prioritaires à la politique des élèves prioritaires.
Une fois qu’on a fait cette révolution mentale, qui vaut d’ailleurs pour toute la politique de la ville – qui échoue depuis 20 ans parce qu’elle repose sur la seule logique du zonage -, on peut se donner toutes les marges de manœuvre pour que tous nos élèves réussissent :
- autoriser des expérimentations parce qu’il y a des élèves qui ont besoin d’autres méthodes pédagogiques que les méthodes habituelles ; – dispatcher des élèves dans les autres établissements pour recréer de la mixité sociale ; – donner réellement plus de moyens aux établissements qui accueillent des élèves qui ont plus de besoins ; – fermer les établissements les plus dégradés parce qu’il n’est pas juste que la République accepte que des enfants soient scolarisés dans des établissements dont on sait qu’ils ne conduisent qu’à l’échec ; – et, dans tous les cas, empêcher le décrochage, notamment au niveau du primaire, en apportant immédiatement le soutien nécessaire aux enfants en difficulté.
L’école de la deuxième chance, c’est bien. L’école de la première chance, c’est mieux.
Quant à ceux qui sont déjà sortis de l’école et qui sont sans emploi, il faut que nous engagions maintenant un effort spécifique. Proposer à tous un accompagnement vers l’emploi, une formation, une activité. Etre exigeant. Viser l’insertion par l’emploi marchand en fonction des possibilités réelles de chacun. Ne pas recréer le mirage des emplois jeunes. Mais n’en laisser aucun sur le bord de la route.
5. Mesdames, Messieurs, mes chers amis, il n’y aura pas de justice sociale s’il n’y a pas d’abord des réformes économiques. Nous devons faire le choix de la croissance.
Mais il n’y aura pas non plus de justice sociale, si nous pensons que la croissance suffit à la justice.
L’équilibre, ce n’est pas la moitié d’une idée forte. Ce sont deux idées fortes qui se complètent. Faisons le choix des deux. Faisons que ce soit l’ambition de l’Union pour un Mouvement Populaire. Notre mouvement ne peut se satisfaire du constat de la situation. La France connaît trop d’injustices. Pour réduire ces injustices qui sont tellement en contradiction avec notre idéal républicain, ce sera notre fierté d’être la parti du mouvement. Les socialistes sont devenus des conservateurs. Nous à l’UMP nous n’hésitons pas à changer ce qui doit l’être, pour que vivent les valeurs de la France.