« Mon travail doit tout entier être tourné vers cet objectif, celui de notre succès collectif » a affirmé Nicolas Sarkozy en clôturant la 3ème université des Jeunes Populaires, dimanche 4 septembre. Parce que « les Français attendent de nous que nous préparions non une alternance classique à laquelle ils ne croient plus, mais la rupture avec les habitudes, les conformismes », il a pris l’engagement, pour les 19 prochains mois, de « relever le flambeau du changement » contre ce qui constitue notre premier adversaire : « l’immobilisme ».
Nicolas Sarkozy, président de l’UMP Université d’été des Jeunes Populaires La Baule – dimanche 4 septembre 2005
Mes chers amis,
Voici donc que s’achèvent mes premières universités d’été en tant que président de l’UMP. L’an passé, à la même époque, je n’étais que candidat. J’avais des projets. Aujourd’hui je suis votre président, je dois en assumer les responsabilités, justifier d’une action, fixer des perspectives. C’est une tâche exaltante. Depuis 9 mois j’y ai consacré le meilleur de moi-même.
C’est ce que je vais continuer à faire pour les 19 mois qui viennent, et qui nous conduiront aux échéances présidentielles et législatives de 2007. Mon ambition est claire : c’est que nous gagnions. Mon rôle est simple, vous conduire à la victoire. Mon travail doit tout entier être tourné vers cet objectif, celui de notre succès collectif.
Que personne n’en doute, je sais d’expérience que nous gagnerons ensemble ou que nous perdrons ensemble. Je veux mettre mon énergie au service de notre famille, de toute notre famille. Il ne s’agit pas pour moi d’une aventure individuelle mais bien d’une responsabilité que j’assume au nom de tous et pour tous.
Pour cela je voudrais vous proposer une première orientation, celle qui consiste délibérément à choisir « de faire de la politique ». En effet je ne m’inscris pas dans cette mode qui fait dire à tant d’observateurs prétendument informés que la politique ne sert à rien, que les politiques ne peuvent plus rien, que la gauche et la droite c’est pareil – comprenez qu’elles seraient devenues également impuissantes – que les difficultés de la France et du monde sont si grandes qu’il n’y aurait rien à faire. Eh bien je conteste frontalement ce fatalisme et cette forme de démission. Dans mon esprit la politique c’est justement l’art de trouver et de créer des marges de manœuvre là où tous les techniciens restent interdits et incapables d’imaginer la voie étroite qui permettra de surmonter les difficultés.
Il ne faut pas s’excuser de faire de la politique, il faut bien au contraire revendiquer ce choix qui est celui de la démocratie et de l’efficacité. La politique c’est noble. La politique c’est utile. La politique c’est exigeant et difficile. Ce n’est pas de trop de débats politiques que souffre notre pays, c’est au contraire qu’il n’y en ait plus assez et même parfois plus du tout.
La politique, cela consiste d’abord à dire la vérité, à être lucide, à donner une cohérence aux aspirations souvent contradictoires de nos compatriotes. Parler au nom du peuple, comprendre ses attentes, interpréter ses besoins, réaliser ses aspirations : c’est bien ce qu’il y a de plus difficile à réussir. Mais c’est justement le premier devoir des responsables politiques que nous sommes. Et les Français contrairement à ce qu’on peut souvent entendre, restent passionnés par cette façon de faire de la politique.
Qu’ont voulu dire les Français en portant Le Pen au 2ème tour de la présidentielle en 2002 ? Qu’ont-ils voulu exprimer le 29 mai en répondant massivement non au référendum sur l’Europe ? Quel était le sens profond de leur message lorsqu’ils nous ont sanctionnés dans 20 régions sur 22 au printemps 2004 ? Ces questions ne sont pas anecdotiques. J’ai le sentiment qu’on n’y a pas répondu, ou alors imparfaitement, en tout cas insuffisamment. Les problèmes restent posés, et, il faudra bien s’y atteler. Cela sera même l’enjeu de la présidentielle de 2007.
Vous le savez, je suis intimement convaincu que les Français attendent de nous que nous préparions non une alternance classique à laquelle ils ne croient plus, mais la rupture avec les habitudes, les conformismes et les insuffisances de la vie politique traditionnelle. L’UMP doit incarner le changement le plus profond et le plus rapide. Nous devons tirer les conséquences de ces trois crises majeures en proposant une stratégie de rupture avec les trente dernières années.
A mes yeux la grande question que se posent les Français, commune à toutes ces crises que nous avons connues, c’est celle de savoir si l’avenir peut être source d’espérance alors qu’il est perçu dans tant de familles comme une menace. C’est bien là que se trouve le changement le plus considérable depuis des décennies. Les générations qui nous ont précédés voyaient l’avenir comme une formidable opportunité de progrès. Qui se risquerait à dire aujourd’hui qu’il en va ainsi dans les familles de France ?
Il nous faut inventer un nouveau modèle français, dont l’ambition première sera de rendre la réussite accessible pour chaque Français, d’où qu’il vienne, pour peu qu’il s’en donne les moyens et qu’il la mérite. Attention ! Il ne s’agit pas de promettre tels les démagogues la réussite à tout le monde. Il s’agit de la garantir à tous ceux qui, par leur travail, leurs efforts, leurs mérites, l’auront gagnée en récompense. La réussite et la promotion sociale ne sont pas un dû que chacun peut réclamer en faisant la queue à un guichet. C’est mieux : c’est un droit, un droit que l’on mérite à la sueur de son front.
Elle est là, la clef du nouveau modèle français que j’appelle de mes vœux. Un modèle où le nivellement, l’égalitarisme, le saupoudrage n’auront plus leur place, un modèle où le travail sera la base de tout, en étant récompensé, encouragé, favorisé. Un modèle où l’on n’éprouvera plus aucun complexe à rémunérer davantage celui qui travaille le plus et en même temps à aider davantage celui qui cumule le plus de handicaps. Un modèle où la promotion sociale sera redevenue un objectif accessible à tous. Un modèle enfin où chaque famille de France se dira que ses enfants peuvent regarder l’avenir avec confiance et s’y faire une place. Au final il ne s’agit rien de moins que de rendre l’espérance aux Français et à la France.
Oui, à la France ! Voici un mot que l’on ne prononce pas assez souvent : la France. La France ce n’est pas qu’une histoire, un passé, un souvenir, ou même une nostalgie. La France c’est une nation qui a souvent montré le chemin au monde mais qui donne le sentiment parfois de se reposer sur des lauriers glanés il y a bien des années. La France ne peut pas compter sur le seul prestige de sa glorieuse histoire pour demeurer parmi les grandes nations du monde. La France ne doit pas considérer que les efforts, pour mériter son statut, ne sont que pour les autres pays, et qu’elle peut s’en abstraire.
La France ne peut plus affirmer avoir le meilleur modèle social alors que nous comptons encore tant de chômeurs, tant de pauvres, tant d’exclus. La France doit redevenir accueillante pour tous ceux qui veulent réussir, innover, proposer, inventer, créer. La France doit se doter d’une nouvelle ambition européenne car l’Europe a besoin d’un nouveau leadership pour construire un espace qui protège et non qui inquiète, pour bâtir un ensemble où les chefs d’Etat et de gouvernement, c’est à dire les responsables politiques reprendront le pouvoir pour répondre aux défis de la mondialisation, de la désindustrialisation, des délocalisations.
La France doit rester cette nation aux composantes multiples où chacun pourra se voir reconnaître les mêmes devoirs et les mêmes droits, mais pas les uns sans les autres.
La France dont je parle, elle a un visage, celui de la tolérance. Elle a une âme : celle de la liberté qu’elle a chevillée au corps. Elle a une ambition : celle de montrer au monde un chemin original. C’est cette France pour laquelle nous avons tous un jour vibré, espéré et parfois pleuré.
Oui les Français doivent retrouver le chemin de l’espérance et de la confiance dans l’avenir. Oui, je l’affirme, les Français doivent à nouveau pouvoir être fiers de la France.
Tout au long de ces 19 prochains mois je souhaite qu’ensemble nous construisions la formation politique la plus moderne, la plus démocratique, et, la plus nombreuse de France. C’est un enjeu considérable. Il s’agit ni plus ni moins que de réconcilier les Français avec la politique.
Je ne veux plus que se reproduisent les conditions qui ont permis à Jean-Marie Le Pen d’être présent au 2ème tour de la présidentielle.
Je ne veux pas davantage que de tous les pays Européens, la France compte l’extrême gauche la plus forte d’Europe. Le débat démocratique français vaut mieux que le tête à tête stérile entre Arlette Laguillier et Le Pen, et je dirais la même chose s’il s’agissait de Bové ou de Besancenot.
Je ne peux me satisfaire que les grands partis démocratiques et républicains stagnent autour de 20% des suffrages. Notre objectif doit être de porter l’UMP au niveau de 30%.
Nous devons devenir une formation politique de masse dans laquelle les Français de tout âge, de toutes origines, de toutes conditions pourront se rassembler, débattre, proposer, compter, décider. Nous ne devons à aucun prix nous laisser enfermer dans la représentation d’une catégorie socioprofessionnelle. Que les chefs d’entreprise, les professions libérales, les commerçants croient en nous c’est bien mais c’est insuffisant.
Je vous demande de vous ouvrir à la France du travail dans toute sa diversité. Je vous demande de faire une place aux salariés, aux classes moyennes, aux fonctionnaires, aux Français d’origines plus récentes, aux jeunes – qu’ils soient étudiants ou qu’ils soient engagés dans la vie active – sans lesquels rien ne sera possible, aux artistes que nous avons trop négligé dans le passé, aux femmes à qui il nous faut donner un rôle sans précédent. En bref je vous demande de faire de l’UMP le parti de tous les Français.
Pour relever le défi il y a 3 mots dont je vous propose qu’ils servent de cadre à toutes nos actions, qu’ils soient la référence systématique de toutes nos démarches, qu’ils rythment tous nos rendez-vous. Je veux que nous soyons les plus créatifs, les plus libres, les plus unis.
La créativité d’abord. Il s’agit sans doute du déficit le plus criant de la vie politique française. Que de formules creuses, que d’idées convenues, que de consensus hypocrites dont le seul but est d’éviter la résolution de problèmes qui pourtant ne peuvent plus attendre ! Je le dis parce que je le pense au plus profond de moi-même. Je n’ai pas la vision d’une France qui serait soudainement devenue immobile, rétive à tout changement, frileuse face à toutes les réformes.
Les Français ne sont pas des conservateurs. La France n’est pas réactionnaire. Nos compatriotes ont parfaitement compris qu’on ne résoudra pas les problèmes de demain avec les recettes d’avant hier. Ils n’ont pas peur du changement. Bien au contraire, ils l’espèrent, l’attendent, l’exigent. Quand les vieux chemins ne mènent plus nulle part, alors il faut en emprunter de nouveaux. Il convient d’imaginer de nouvelles voies. D’être innovants, créatifs, imaginatifs. De ne pas avoir peur de changer nos habitudes.
Je veux que l’UMP tourne le dos à toutes formes de conservatisme, que nous fassions de l’immobilisme notre premier adversaire, que nous relevions le flambeau du changement pour nous l’approprier.
Ainsi pour les Français les choix seront clairs. D’un côté il y aura ces nouveaux conservateurs que sont devenus les socialistes, qui veulent que rien ne bouge, qui ne sont porteurs d’aucun changement, qui isoleront la France dans un repliement caricatural et hautain. C’est la France de la glaciation. De l’autre l’UMP qui doit regarder tout ce qui réussit dans le vaste monde, et ne pas hésiter à s’en inspirer. Il ne s’agit pas de copier un modèle quel qu’il soit. Il ne s’agit nullement de tourner le dos à nos valeurs et à nos traditions. Il s’agit de refuser une vision exclusivement hexagonale de l’évolution de notre pays.
Pourquoi interdire aux Français d’essayer ce qui marche ailleurs. Le nouveau modèle français que j’appelle de mes vœux ne peut faire abstraction de ce qui se passe dans le vaste monde, sauf à se couper des réalités et de toute chance d’être efficace.
Ainsi quand je dis que le modèle social français n’est plus le meilleur ce n’est pas pour provoquer, encore moins pour blesser, c’est simplement que je ne peux accepter que mon pays reste avec deux fois plus de chômeurs que les autres grandes nations démocratiques et que tant de nos compatriotes en souffrent. A l’endroit des Français nous avons un devoir, un devoir d’efficacité.
J’observe que partout dans le monde la contrepartie de la solidarité nationale c’est l’obligation d’exercer une activité en échange d’un minimum social et celle d’accepter un emploi au bout d’un certain nombre de refus.
La France qui se lève tôt le matin ne peut accepter que le produit de ses impôts ne soit pas utilisé avec une efficacité maximale. Ne pas imposer une activité minimale et ne pas limiter le nombre de refus de propositions d’emploi, ce n’est pas un acquis social, c’est une erreur doublée d’une lâcheté. Il faut y mettre un terme et le plus tôt sera le mieux. Ne pas le faire c’est prendre le risque de révolter les classes moyennes, de désespérer ceux qui travaillent, de tourner le dos aux valeurs républicaines les plus sacrées qui veulent qu’il n’y ait pas de droit sans la contrepartie d’un devoir. On parle beaucoup des droits de chacun. Je vous propose que nous rappelions les devoirs de tous.
Plutôt que de considérer notre droit du travail comme une vache sacrée intouchable, on serait bien inspiré de se demander pourquoi les salariés français ne se sont jamais sentis dans un tel état de précarité et les entrepreneurs à l’inverse jamais autant soumis à un carcan aussi rigide et archaïque. C’est le système magique où tout le monde est perdant.
N’attendons pas des organisations syndicales qu’elles proposent les changements que nous souhaitons. Elles ne le feront pas. Ce n’est pas leur rôle. C’est à nous qu’il revient d’être innovants, d’entraîner, d’expliquer. Défendons une nouvelle méthode de gouvernement qui accepte l’expérimentation et organise l’évaluation. Sur les sujets qui suscitent l’hésitation, au lieu de réformes prétendument définitives et totales choisissons de faire des expériences, dont nous présenterons les résultats évalués en toute transparence à l’opinion publique. En finir avec la division artificielle entre CDI et CDD pour innover avec le contrat unique me semble être une urgente priorité. Ainsi nous pourrons changer la France, progressivement, en nous donnant tous les moyens de réussir.
La question du pouvoir d’achat est centrale pour l’économie française. Nous devons trouver les moyens d’augmenter celui des Français pour soutenir la consommation. Pour cela je ne connais qu’un seul moyen compatible avec nos déficits, celui qui consiste à permettre aux Français de travailler plus pour gagner davantage.
L’exemple des 5 millions de fonctionnaires est particulièrement caricatural. Il y a beaucoup de petits salaires dans la fonction publique. Pourquoi empêcher les fonctionnaires qui le souhaitent de s’affranchir des 35 heures en cumulant des heures supplémentaires qui augmenteraient d’autant leur pouvoir d’achat ? Il n’y a aucune raison de refuser à la fonction publique ce que l’on a autorisé au secteur privé.
Dans le même esprit, la France ne peut faire l’économie d’un important mouvement de réduction de ses dépenses publiques qui passe par le non-remplacement de tous les départs à la retraite des fonctionnaires. J’ai la conviction que nous devons proposer aux fonctionnaires de France un système gagnant- gagnant en leur rendant, sous la forme d’augmentation des rémunérations, la moitié des économies réalisées par le biais des réductions d’effectifs.
Il faut savoir investir pour baisser au final la dépense publique. C’est d’ailleurs seulement ainsi, en réduisant les dépenses que nous pourrons financer une réforme fiscale crédible.
Nous devons permettre à tous les Français de réaliser ce rêve naturel d’être propriétaire de leur logement. Qui n’a jamais pensé, surtout parmi les jeunes, à accéder à la propriété? Or, force est de reconnaître que ce rêve n’est accessible qu’aux plus fortunés ou à ceux qui sont cautionnés par quelqu’un qui est fortuné. Je souhaite que l’on bouleverse ce système qui fait trop de place aux relations et qui pousse les banques à prêter surtout à ceux qui en ont le moins besoin. Seule la mise en place du crédit hypothécaire permettra de donner la chance de la propriété à tous en garantissant l’emprunt par le bien immobilier que l’on acquiert.
Je veux que l’on innove dans le dialogue social. Nos syndicats en France sont trop petits, trop émiettés. Ils ne sont pas assez représentatifs du monde des salariés. Je souhaiterais qu’ils le soient davantage. Je le dis comme je le pense. Je ne comprends pas le maintien de la règle archaïque qui donne le monopole de la présentation des candidats au premier tour des élections aux 5 grandes centrales syndicales issues de la guerre. Si on veut revivifier la démocratie sociale alors il faut rendre à chacun le droit imprescriptible de se présenter librement à une élection.
Je veux que l’UMP innove dans la recherche d’une plus grande justice ou d’une meilleure équité. Je ne vous cache pas mon exaspération devant ces discours interminables qui évoquent invariablement les mots justice sociale, progrès social, politique sociale. Ces mots, à force d’être scandés, sont devenus vides de sens aux yeux des Français qui voient que dans la réalité notre système d’intégration est en panne, notre ascenseur social est grippé, notre modèle éducatif chancelant, et que les inégalités, loin de régresser, progressent.
Comment renverser la vapeur ? Je ne vois qu’un moyen : avoir le courage de faire des choix. Voyons ce qui se passe aujourd’hui à Paris. Les socialistes dénoncent l’insécurité dans les squats et en même temps revendiquent le droit qu’ils soient occupés… Nous, nous sommes conséquents. Nous refusons que des hommes, des femmes, des enfants risquent leur vie dans ces squats et nous avons le courage de les évacuer pour que leurs occupants puissent vivre dans des logements décents et sûrs.
Il faut arrêter de promettre à tout le monde car la France n’en a ni les moyens financiers, ni la latitude politique. Le résultat de cette absence de courage c’est que, donnant à tout le monde, on saupoudre des moyens par définition limités. A l’arrivée tout le monde est perdant. Je propose une autre logique, celle de la discrimination positive à la française qui est loin de se réduire à la question des Français issus de l’immigration.. Le principe est simple : ceux qui cumulent le plus de handicaps, tous ceux qui cumulent le plus de handicaps, on les aide massivement, pour leur donner le maximum de chances de s’en sortir.
La république ce n’est pas donner à chacun la même chose. C’est pour l’Etat donner à chacun selon ses handicaps et selon ses mérites. C’est par l’équité que l’on arrive à l’égalité. L’UMP doit devenir la formation qui incarne la volonté de réduire les injustices dans notre pays. De les réduire dans les faits, concrètement, pas dans les discours ou les slogans. Et s’il m’arrive de plaider pour une discrimination positive à la française, ce n’est pas par fascination pour le système américain, c’est moins encore pour promouvoir un communautarisme que je combats, c’est seulement parce que je suis convaincu que l’on ne peut pas continuer à commenter les inégalités, qu’il faut les réduire si on ne veut pas créer les conditions d’un drame pour notre pays dans les 20 ou 30 années qui viennent. Ce que nous voulons c’est une réelle égalité des chances pour tous les Français.
La liberté ensuite. La liberté ce ne doit pas seulement être le mot magique pour lequel tant d’hommes à travers le monde ont payé le prix le plus cher. La liberté, à l’UMP, ce ne doit pas être un slogan, ce doit devenir une réalité. Au plus profond de moi-même je crois que rien d’utile ne peut se construire sans un débat préalable et approfondi. L’UMP doit être le lieu des grands débats de la société française.
Pendant que les socialistes s’invectivent, règlent leurs comptes, se livrent à des exclusions et des anathèmes, je vous demande de vous passionner et de vous engager dans le débat d’idées. Chaque mois nous organisons une convention. Je souhaite que les fédérations se saisissent des sujets traités en apportant leur contribution à la réflexion initiale. C’est ensemble que nous dessinerons la France que nous voulons. Il ne doit y avoir aucun sujet tabou. A l’UMP on doit pouvoir parler de tout. Le droit à l’expression et à la parole doit être reconnu à chaque militant, à chaque cadre, à chaque élu. Je dénie à quiconque la possibilité de cadenasser un débat, de le réduire ou pire de l’interdire.
S’il y a si peu d’adhérents dans les formations politiques, c’est que trop souvent les Français ont le sentiment que dans les partis politiques la parole est confisquée. A l’UMP la parole est libre.
Elle est libre d’abord vis à vis de la direction du mouvement et notamment de son président. Je n’ai pas à vous imposer mon point de vue, et à l’inverse je ne renoncerai pas à mes convictions même si elles sont minoritaires. Il ne s’agit pas de construire un club de partisans tout entier dévoué à ma cause ou pire un clan ou une secte. Il s’agit de bâtir une formation diverse où chacun pourra trouver sa place. En tant que président du mouvement je dois convaincre de la pertinence de la ligne stratégique que je propose, mais vous devez être libre de l’amender, de la contester ou de la soutenir. En clair on n’est pas obligé de penser systématiquement comme moi, uniquement parce que j’ai été élu président de l’UMP.
L’UMP est libre vis à vis du gouvernement que nous soutenons. Je suis reconnaissant à Dominique de Villepin d’avoir retenu nombre de nos propositions et en même temps d’avoir compris et accepté que notre formation politique puisse aller plus loin et dire davantage que ce que fait et dit le gouvernement.
L’ UMP n’est pas derrière le gouvernement, elle est devant le gouvernement pour fixer une perspective, pour gagner la bataille de la communication, pour porter des thèmes novateurs, pour convaincre notre électorat. C’est ainsi que, gouvernement et parti majoritaire, nous couvrirons le spectre le plus large. L’UMP doit être le porte voix de nos électeurs. L’UMP doit être l’expression des souhaits politiques des Français, y compris lorsque ces derniers manifestent des impatiences. L’UMP ce n’est pas une caserne ou régnerait une discipline de fer. C’est un lieu de liberté où l’on peut débattre de tout sans être accusé de manquer à la solidarité ou même à la loyauté.
C’est dans cet esprit que faisant campagne pour le oui au référendum j’ai cependant tout fait pour que les partisans du non, bien que minoritaires chez nous, soient respectés et bénéficient de moyens d’expression. A l’arrivée cela nous a permis de préserver notre unité sans la moindre difficulté. Là aussi, comparez avec les socialistes et vous verrez que notre choix fut le bon.
C’est dans cet esprit que je vous ai proposé de prendre sur la Turquie et sur l’Europe une position qui n’était pas celle du président de la république mais qui correspondait à nos convictions et à celles de nos électeurs. Nous l’avons fait sans drame et sans que cela nous empêche par ailleurs de soutenir l’action de Jacques Chirac, et de tout faire pour que son mandat soit un succès.
C’est dans cet esprit que je proposerai dans quelques jours que l’UMP soit plus ambitieuse que le gouvernement dans ses choix économiques et fiscaux en proposant par exemple que nul contribuable en France ne puisse se voir prélever plus de 50% de ce qu’il a gagné par son travail. Si c’est une règle de valeur constitutionnelle en Allemagne, pourquoi n’en serait il pas de même en France ?
C’est dans cet esprit que je souhaite que l’UMP affirme son engagement de mettre en place un service minimum dans les services publics les jours de grève. Il est des moments où il convient d’arrêter de tourner autour du problème pour l’affronter et le résoudre. Nous devons être du côté des usagers pas du côté de ceux qui prennent en otage nos services publics.
C’est dans cet esprit que je soutiens ceux qui dénoncent les effets pervers de l’actuel ISF. Je crois les Français beaucoup plus lucides qu’on ne l’imagine. Que les plus riches payent davantage d’impôts : c’est normal et c’est juste. De ce point de vue l’ISF est un bon impôt. Mais que ce même impôt pénalise l’emploi, entraîne la délocalisation d’entreprises, empêche les capitaux dont l’économie a besoin de prospérer en France, cela nous ne pouvons l’admettre. Il ne faut pas avoir peur d’expliquer à l’opinion publique la réalité des enjeux. Cela s’appelle être courageux, et le courage cela paye toujours!
C’est dans cet esprit que je souhaite que dès l’automne, afin de lancer le mouvement, une expérimentation soit engagée dans nos universités pour leur donner l’autonomie dont elles ont besoin. Nos universités sont les seules en Europe à ne pouvoir accéder à des financements innovants. Elles sont les seules à ne pouvoir adapter librement leurs enseignements. Elles sont les seules à ne pas pouvoir prendre les initiatives auxquelles elles aspirent. Au résultat, nos universités régressent. Cette situation ne peut durer.
C’est dans cet esprit que je souhaite que nous proposions une refonte de la PAC. Je crois au pouvoir vert. Je crois en l’avenir de l’agriculture française. Mais je n’accepte pas l’évolution de ces dernières années qui conduit à la fonctionnarisation de nos paysans. Jamais ils n’ont voulu cette culture de l’assistanat. Les agriculteurs sont des producteurs. Ils doivent vivre du prix de leurs productions. Ces prix doivent être décents. C’est possible si l’Europe veut renouer avec la préférence communautaire.
C’est dans cet esprit que le moment venu nous réfléchirons à nos institutions et à notre pratique du pouvoir. Elle doit être plus simple, plus démocratique, plus efficace. Il y a beaucoup à faire pour moderniser notre République. Je vous l’ai dit, il n’y aura pas de sujets tabous. Je vous le prouverai.
L’unité enfin. On l’invoque toujours, et, en général quand on en parle c’est que c’est déjà trop tard et que la division a provoqué des ravages.
L’unité d’un parti politique ne se décrète pas. Je dirais même qu’elle ne s’impose pas. L’unité ce n’est que la conséquence d’un état d’esprit, d’une volonté de vivre ensemble, de la certitude qu’auront tous les membres de notre famille qu’ils seront considérés dans leur personne comme dans leurs convictions, avec loyauté.
L’UMP sera unie parce que ses grands choix stratégiques seront déterminés par des votes démocratiques auxquels seront associés tous les militants.
Je ne veux plus d’une période qu’a connu notre famille, où les arbitrages étaient rendus entre trop bons amis sans tenir compte de l’opinion de l’ensemble des adhérents. Je le dis calmement, sereinement, tranquillement mais fermement : cette époque appartient à un passé révolu. Il n’y a pas de conseillers occultes, il n’y a pas de cénacle privilégié, il n’y aura ni combines ni arrangements.
Je veux que nos grands choix stratégiques, comme nos choix de personnes soient tranchées par des votes libres, démocratiques, transparents.
Je souhaite que soient appelés à participer à ces votes, le plus souvent possible, la totalité de nos adhérents. Ainsi, chacun comprendra qu’être adhérent de l’UMP c’est être respecté, c’est avoir le droit de donner son opinion, c’est participer en y étant associé, à toutes nos grandes décisions. C’est comme cela que nous deviendrons un parti de masse.
Je l’ai montré à Paris en organisant des primaires qui ont apaisé les tensions récurrentes depuis des années. Je le montrerai pour les présidentielles de 2007. Il n’y a pas de candidat auto-désigné ou obligé. Il y aura une concurrence saine, loyale, de qualité. Et au final, c’est vous les adhérents de l’UMP qui aurez la responsabilité de choisir le meilleur, c’est-à-dire celui qui saura le mieux nous rassembler et nous faire gagner.
Je souhaite vous dire que nous n’avons rien à craindre de la concurrence. Elle seule permet d’étalonner les valeurs. Elle est incontournable pour celui qui veut prétendre à l’honneur de vous représenter dans la compétition ultime qu’est l’élection présidentielle. Une famille politique doit se réjouir de compter de nombreux talents en son sein. Songez à toutes celles qui n’en ont aucun.
J’ajoute que nos adhérents ont acquis des pouvoirs que personne ne pourra remettre en cause. Nous sommes en 2005, et on ne dirige pas en 2005 une formation politique comme on pouvait le faire il y a 30 ans. En tout cas, j’ai été élu par la volonté de nos militants. Je n’ai pas l’intention de trahir leur confiance en les privant d’un pouvoir qu’ils m’ont au contraire demandé de conforter.
Nous organiserons en janvier 2007 un congrès ouvert à tous où chacun pourra exprimer sa préférence quant au choix de notre candidat à l’élection présidentielle. Cela sera un événement de la vie politique nationale, et, cela donnera une légitimité et une force sans précédent à notre candidat.
Et c’est parce que notre mouvement sera authentiquement démocratique que la solidité de notre union ne sera remise en cause par personne. Notre unité sera d’autant plus solide qu’elle sera le résultat d’une attitude de respect, de loyauté, et de responsabilité.
En tant que Président de l’UMP, je suis le garant de son unité. Il va de soi qu’il me faut montrer l’exemple et m’astreindre au respect scrupuleux des règles que je viens de décrire.
Je voudrais terminer mes propos par quelques remarques plus personnelles.
Il y a bien des années, j’ai fait le choix de consacrer ma vie à la politique. Jamais je n’ai eu à regretter ce choix. La politique m’a beaucoup donné : des émotions collectives, des amis solides, des inimitiés certaines aussi, des rencontres multiples, des sujets de passion et surtout une expérience humaine inégalée. Jeunes de l’UMP qui aujourd’hui souhaitez vous engager pour assurer la relève, votre choix est le bon. A votre tour, vous ne serez pas déçus.
Aujourd’hui, sans doute comme jamais, je suis conscient de mes responsabilités, je mesure chaque jour le poids qu’elles font peser sur mes épaules. C’est sans doute pour cela que j’assume mes fonctions avec davantage de gravité qu’auparavant.
J’ai pu en outre mesurer la dureté de certaines attaques, et l’impudeur de certaines attitudes. Mais j’en fais le serment devant vous : rien – vraiment rien – personne – vraiment personne – ne m’empêchera d’aller jusqu’au bout de la mission que vous m’avez fixée, d’essayer de mériter la confiance que me témoignent chaque jour tant de Français, et de tenter d’être à la hauteur des rendez-vous de 2007.
Mes chers amis, je vous demande votre confiance, votre amitié, votre enthousiasme, votre engagement.
En retour, je vous donnerai le meilleur de moi-même.
Vive la France Vive la République.