« L’Outremer, et notamment la Réunion, c’est une terre de passion », que « j’aime profondément » a lancé avec fougue Nicolas Sarkozy lors d’une réunion publique à Saint-Denis de la Réunion, jeudi 29 septembre, devant plus d’un millier de personnes.
« Pour croire en l’Outre-mer il n’y a pas besoin d’en être. Il faut simplement réfléchir à ce que la France serait sans l’Outremer. Ce ne serait plus la France » a-t-il déclaré
Toutefois si « la politique menée depuis le lendemain de la guerre a porté ses fruits » il a reconnu qu’elle n’est plus adaptée à notre époque. Dans cet esprit, il a appelé à conduire « une réflexion profonde et sans tabou sur la définition d’une nouvelle politique en faveur de l’Outremer ».
Pour lui, « la culture de l’assistanat ou d’une certaine forme de paternalisme n’est plus adaptée à l’Outremer d’aujourd’hui ». « C’est une affaire de dignité. Quand on est un Français du bout du monde on n’aime pas tendre la main, on n’aime pas quémander. On veut que nous soient reconnus les mêmes droits que celui qui habite place de La Madeleine ou de l’Opéra » a-t-il affirmé.
Respectueux des communautés, hostile au communautarisme
Lors d’une rencontre avec l’ensemble des élus, autorités religieuses et représentants associatifs, il a clairement affirmé qui si « on peut naître français », « on peut aussi et surtout le devenir ».
Citant en exemple ce département d’Outre-mer, « où convergent et s’unissent les diversités », où « les origines, les religions et les cultures n’ont jamais cessé de se mélanger, de s’enrichir réciproquement, donnant ainsi au mot « fraternité » une profondeur particulière », il a affirmé: « la France est multiple et cette multitude est une richesse, en aucune façon une faiblesse »
Louant « la laïcité à la réunionnaise », « un modèle » pour la métropole, il a formulé l’espoir « que ce qui est possible » dans l’île de la Réunion le soit partout ailleurs : «dans les banlieues de Paris, Lyon ou Marseille… ».
« Ici, les églises, les temples, les mosquées, les pagodes et la synagogue se côtoient sans que personne ne conteste le droit de chacun de croire ou de ne pas croire. Ici, personne n’aurait l’idée saugrenue de penser qu’on ne peut pas être un vrai républicain si l’on n’est, en même temps, désireux de pratiquer sa foi de manière active, vivante, intense » s’est félicité le ministre d’Etat.
Réaffirmant son attachement à la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat qui reconnaît la liberté des cultes et leur égalité, il a soutenu que ce texte comme toute loi, « peut et doit pouvoir évoluer lorsque c’est nécessaire, tout simplement pour s’adapter à la réalité du temps », en évoquant « la place des musulmans en France », une réalité qui n’existait pas il y a un siècle.
Devant les représentants des différentes religions présentes sur l’île, dont les autorités musulmanes, il a déclaré « vous avez démontré que la fidélité islamique se combine avec l’appartenance patriotique (…) C’est la démonstration que l’on peut être un vrai républicain tout en étant un musulman sincère » avant de prévenir : « les musulmans doivent avoir les mêmes droits (..) ni plus ni moins, et aussi les mêmes devoirs. Ceux qui ne respectent pas les mêmes devoirs, je les combattrai. Ceux qui ne voudraient pas donner aux musulmans les mêmes droits, je les combattrai aussi ».
Droit du sol : le débat est ouvert !
Interrogé sur une éventuelle adaptation du droit du sol dans certaines collectivités, débat lancé par François Baroin, ministre de l’Outre-mer, Nicolas Sarkozy a estimé que cette question « mérite mieux que les anathèmes de ceux qui ne savent que se lancer les mots d’extrémistes ou de laxistes à la figure ».
« C’est une affaire assez compliquée, parce que le droit du sol, j’y tiens et je n’oublie pas qu’il y a des détournements de procédure assez systématiques sur cette partie du territoire français qu’est Mayotte » a-t-il dit avant de s’interroger : « est-ce que pour lutter contre ces détournements, il faut modifier à la marge cette législation ou est-ce qu’il faut prendre d’autres mesures ? ». « Le débat nous le dira » a-t-il conclu.
Jouer à fond la carte de l’intégration dans l’espace économique de l’Océan Indien
Au deuxième jour de sa visite, à Saint-Pierre de la Réunion, et à l’occasion de la signature de la convention sur un pôle de compétitivité, le ministre de l’Intérieur a invité l’île de la Réunion à « jouer à fond la carte de son intégration dans l’espace économique de l’Océan Indien » en développant notamment « des liaisons aériennes vers l’Asie ou le Moyen-Orient ».
« Vous disposez d’atouts formidables, un potentiel touristique exceptionnel, une proximité géographique et culturelle avec les marchés les plus dynamiques des années à venir, un attachement au savoir et à la connaissance qui se retrouvent dans un système d’enseignement et de recherche unique dans votre environnement régional et puis une vitalité, une générosité, une énergie qui m’ont fait forte impression » a-t-il déclaré.
« S’il y a un territoire en France et en Europe qui représente l’avenir, c’est bien le vôtre » et « la création d’un pôle de compétitivité marque un tournant dans une histoire économique insulaire vieille de quatre siècles à la Réunion: celui de l’économie de la connaissance ».
En outre, il a demandé « un effort financier volontariste de l’Etat en 2006, soutenu par les collectivités, appuyé sur les fonds européens (…) » pour permettre aux réunionnais d’accéder à l’internet haut débit dans les mêmes conditions techniques et pour le même prix qu’en métropole ». Pour sa part, il s’est engagé à utiliser « les crédits du fonds national d’aménagement du territoire ».