C’était il y a longtemps déjà, en 1999, après les élections européennes ! Jacques Chirac, qui avait regardé à la télévision un débat entre Nicolas Sarkozy et François Hollande, confiait curieusement à des proches : « C’était un combat de petits vieux. Insupportable ! » En ces temps-là, trois ans avant sa réélection, le président estimait que les problèmes nouveaux de la France et du monde ne pourraient être traités avec « les paramètres traditionnels de la droite et de la gauche ».
Aujourd’hui, alors qu’ils contrôlent l’un et l’autre leur parti, instrument essentiel dans la bataille finale qu’ils espèrent déjà se livrer en 2007, François Hollande et Nicolas Sarkozy seraient surpris de ce jugement. Quinquagénaires tous les deux – le premier l’est depuis le mois d’août, le second le sera en janvier -, s’ils pensent que, « précoces de la politique », ils ont gagné dix ans sur leurs rivaux, ils sont certes d’accord pour estimer qu’il faut bien vingt ans pour tenter le destin. Mais comment les imaginer vieux alors qu’ils croient incarner la fin d’une époque ? Jacques Chirac avait peut-être l’intuition de l’attaque la plus douloureuse…
Mais, ces temps-ci, leurs « amis » et leurs adversaires tentent plutôt de les réduire à des « erreurs de casting », pas assez couturés d’épreuves pour résister jusqu’en 2007. Aux deux il manquerait « quelque chose » pour être des hommes d’Etat. Passe encore leur carrure ! La critique, dans un face-à-face, s’annule.
L’expérience de Jospin et la dimension de Juppé
Mais à Hollande, comme dirait Jean-Pierre Raffarin, il manquerait des « émotions ». Le premier secrétaire, qui n’a jamais été ministre, n’a jamais incarné la France en passant les troupes en revue ou en s’inclinant devant ses morts. « On n’est pas présidentiable avec une gentille ambition », observe un ministre qui a sans doute oublié que les fabiusiens ont découvert que « M. Petite Blague », comme ils l’appelaient ironiquement, n’était pas si gentil que cela. Confortés par la lecture des sondages qui font toujours de Lionel Jospin le meilleur candidat de la gauche pour la présidentielle, ses rivaux insinuent que François Hollande ne pourra préserver jusqu’en 2007 l’unité de son parti et qu’un jour ou l’autre l’ancien candidat à la présidentielle apparaîtra comme un recours, si Laurent Fabius quitte définitivement la partie. Jospin, dedans et dehors. Jospin, comme une ombre sur la destinée de François Hollande, qui laisse toujours ses « éléphants » sceptiques : « Ils considèrent encore que Hollande est là par procuration », s’inquiète un de ses proches.
Nicolas Sarkozy n’a pas ces soucis. Il a installé sa légitimité à la tête de l’UMP. Mais déjà on glose sur le temps qui va lui manquer pour avoir une « vraie épaisseur présidentielle ». « Dix-huit mois à Bercy, deux ans à l’Intérieur, cela ne suffit pas », juge un ancien ministre socialiste, tandis que les chiraquiens se gargarisent de la même antienne : « Le meilleur ennemi de Sarko, c’est Sarko. » Lui ne serait pas handicapé comme Hollande par son apparente mollesse, mais par son manque de maîtrise. « On sait qu’il a l’énergie, il a montré son ambition, il faut qu’il prenne une dimension », remarque-t-on à Matignon. La dimension que les chiraquiens reconnaissent à Alain Juppé depuis que son retour sur la scène politique avant 2007 n’est plus impossible. Jacques Chirac se renforce de la présence d’Alain Juppé. Juppé comme une ombre, aussi, sur Nicolas Sarkozy. Parce que, à l’UMP comme au PS, on voudrait tellement que l’Histoire ne soit pas écrite d’avance
© le point 09/12/04 – N°1682 – Page 26 – 601 mots