Forum ministériel sur le financement du développement


Intervention de M. Nicolas Sarkozy, ministre d’État, ministre de l’Économie, des finances et de l’industrie

Forum ministériel sur le financement du développement – Paris – 8 avril 2004

Mesdames, Messieurs,

chers collègues, chers amis,

Je suis heureux de vous accueillir ce matin à Paris, au ministère de l’Économie, des finances et de l’industrie, avec mon collègue et ami Gordon Brown.

Cette conférence n’est pas un xième rendez vous consacré à l’aide au développement .Beaucoup de rendez vous internationaux ont été et seront organisés sur ce sujet, que ce soit à l’ONU, à la Banque mondiale, ou à l’OCDE. Beaucoup de choses ont été dites sur la nécessité d’aider au développement des plus pauvres.

Et pourtant la question demeure toujours la même.

Comment faire pour éviter de nous retrouver dans 10 ans au même point qu’aujourd’hui : avec d’un côté des promesses non tenues, et de l’autre un sentiment d’échec et d’abandon encore plus grand ? Un terreau favorable à tous les extrêmismes et à tous les dangers ?

La vérité, nous le savons, c’est que l’aide publique au développement n’est pas parvenue à assurer aux pays les plus pauvres une place digne de ce nom dans la « mondialisation ». Plus encore , en dépit des efforts, en dépit des aides reçues, nombre de pays sont aujourd’hui plus pauvres qu’il y a vingt ans, plus marginalisés encore dans le partage des richesses et des perspectives.

Avant de vous présenter les objectifs de cette conférence, je vous propose d’écouter le message que le président de la République française a souhaité nous adresser.

(message vidéo du président de la République)

Comme vient de le rappeler le chef de l’État , la France et la Grande-Bretagne partagent le sentiment d’une responsabilité politique claire vis-à-vis de la pauvreté dans le monde. Nos citoyens ont d’ailleurs une conscience de plus en plus aigue de cette responsabilité.

Il n’y a pas deux mondes séparés, l’un riche, l’autre pauvre, qui pourraient cohabiter et s’ignorer indéfiniment. Il y a un seul monde, où tous les risques sont partagés. La misère est une injustice humaine insupportable. Elle est aussi une source de dérive permanente pour des sociétés tout entières. Et aucune frontière ne peut préserver durablement le monde « développé » du poids de cette misère.

Cette communauté de vue entre nos deux gouvernements, cher Gordon Brown, nous oblige à sortir des sentiers battus, et c’est très bien ainsi : c’est pourquoi nous avons engagé une réflexion pratique, sans préjugés, sur les nouvelles démarches que nous pourrions envisager pour mobiliser des financements.

Pour situer le cadre de nos travaux, je me permets de rappeler une réalité : le défi du financement est posé à une tout autre échelle qu’hier, compte tenu des objectifs que nous nous sommes assignés à Monterrey il y a deux ans. En réalité, c’est le doublement des aides au développement qui constitue l’objectif à atteindre.

Or, nous le savons, nous aurons du mal à assumer cet engagement à travers le budget de nos États, lourdement sollicités par ailleurs. Il faut trouver une autre voie. Et il nous faut la trouver sans tarder, pour tenir nos promesses et remplir nos objectifs.

Nous devons donc passer des intentions à la concrétisation et il faut pour cela explorer les approches innovantes : facilité financière, mais aussi taxation internationale.

Je sais toute la part que vous avez prise dans cette démarche très pragmatique que constitue la « facilité financière internationale ». Je veux dire que je partage pleinement ce pragmatisme, qui seul peut nous permettre d’avancer dans ce domaine aussi difficile que celui du développement. Une initiative efficace vaut plus que tous les colloques, que toutes les grand messes, si éloignées des problèmes réels des populations en détresse !

Je veux vous redire ici, comme le président de la République l’a clairement rappelé, que vous pouvez compter sur la France pour soutenir la mise en œuvre de cette facilité financière internationale.

Au-delà des termes techniques, cette idée, que nous vous devons, est d’une grande clarté : elle permet de faire de notre volonté politique un levier, en démultipliant grâce aux marchés financiers les ressources mobilisées en contrepartie de l’engagement de nos États à abonder la « facilité financière ».

Les obligations émises sur le marché par la « facilité » bénéficieraient de garantie de premier ordre constitué par l’engagement solennel de nos États. Cette ressource aurait trois avantages : elle serait abondante, peu coûteuse pour l’emprunteur et – surtout – capable d’être mise en œuvre très vite dans les pays bénéficiaires.

Car ce projet ingénieux repose sur un pari : creuser une brèche dans le sous développement, en concentrant sur une courte période une masse critique de concours suffisants pour répondre aux besoins élémentaires définis lors du Sommet du Millénaire.

Je crois qu’il faut absolument tenter ce pari, si nous voulons sortir des bonnes intentions.

De même devons nous approfondir la réflexion sur la « taxation internationale », évoquée par le Président de la République. Cette idée suscite depuis longtemps d’interminables débats dans la communauté mondiale. Il faut aujourd’hui passer à des propositions précises, sur lesquelles travaillent des experts à l’invitation de la France. Nous devons rapidement nous mettre en situation de soumettre à la décision politique ce qui nous semble juste et acceptable en ce domaine.

Pour que ces initiatives aient du sens, elles ne peuvent pas rester purement franco britanniques : il faut bien sûr qu’elle soient partagées par d’autres donateurs ; je salue à cet égard les représentants de nombreux pays de l’OCDE et des institutions multilatérales ;

Il faut aussi, naturellement, que nos initiatives soient partagées par les pays destinataires : ce sont eux les premiers concernés. C’est à eux qu’il revient notamment de créer les conditions d’une utilisation efficace des concours que nous travaillons à rassembler. Leur présence aujourd’hui donne tout son sens à notre démarche.

Le temps presse : aussi, à côté de la conférence ministérielle proprement dite qui se réunit aujourd’hui à Bercy, nous avons souhaité que les experts puissent approfondir toutes les questions techniques lors de tables rondes. Ils présenteront le résultat de leurs travaux et leurs propositions et lors de la séance de clôture, à partir de 17h.

Avant de céder la parole à Gordon BROWN, je voudrais une fois encore – insister sur une chose : cette conférence n’est pas un exercice académique de plus. Tout à l’ heure, nous devrons nous mettre d’accord sur un diagnostic et des propositions, mais aussi sur un calendrier de mise en œuvre. J’aurai pour ma part une proposition : pourquoi ne pas envisager d’expérimenter nos « innovations » financières sur un terrain incontestable, qui pourrait être un programme mondial de vaccination pour les plus pauvres, à démarrer dès cette année ? Il faut à mon sens « créer le mouvement en marchant » et commencer par un projet concret, qui nous mobilise tous .

Je ne doute pas que cette journée soit une étape importante pour exprimer un consensus politique et valider une « nouvelle approche » du développement.

Vous pouvez compter sur tout le soutien de la France, aux côtés de la Grande-Bretagne, à vos côtés, pour mettre en œuvre les engagements pris au Sommet du Millénaire, en 2000.

Je donne maintenant la parole à Gordon Brown.